Avicenne (Ibn Sina) : médecin musulman du 10è siècle

Avicenne est un médecin musulman, né en 980 à l’est de la Perse (l’actuel Ouzbékistan). Il semble qu’il fut précoce dans son intérêt pour les sciences naturelles et la médecine : à 16 ans déjà, il dirigeait des médecins célèbres puis à 18 ans il aurait possédé toutes les sciences connues de son époque.

Avant de vous présenter plus en détail la vie d’Avicenne, je vous propose de découvrir quelques unes de ses réalisations.

Ses réalisations :

Avicenne se démarque dans les domaines de l’ophtalmologie, de la gynéco-obstétrique et de la psychologie. Il s’attache beaucoup à la description des symptômes, décrivant toutes les maladies répertoriées à l’époque, y compris celles relevant de la psychiatrie.

  • Il est le premier à distinguer la pleurésie, la médiastinite et l’abcès sous-phrénique.
  • Il décrit les deux formes de paralysies faciales (centrale et périphérique)
  • Il donne la symptomatologie du diabète.
  • Il sait faire le diagnostic différentiel entre la sténose du pylore et l’ulcère de l’estomac.
  • Il décrit différentes variétés d’ictères.
  • Il donne une description de la cataracte, de la méningite, etc.
  • Il pressent le rôle des rats dans la propagation de la peste.
  • Il indique que certaines infections sont transmises par voie placentaire.
  • Il est le premier à préconiser des traitements par vessies de glaces et lavements rectaux.
  • Il découvre que le sang part du cœur pour aller aux poumons, puis en revenir, et expose avec précision le système de ventricules et de valves du cœur.
  • Il est le premier à décrire correctement l’anatomie de l’œil humain.
  • Il émet aussi l’hypothèse selon laquelle l’eau et l’atmosphère contiendraient de minuscules organismes vecteurs de certaines maladies infectieuses.

Bien entendu tout cela se passe au 10ème siècle ! Découvrez plus en lisant la suite de l’article.

Contexte de l’époque:

Aux premiers siècles de l’hégire (VIIe et VIIIe siècle), les intellectuels orientaux traduisent, compilent et commentent les écrits des antiques, grecs surtout. Une compétition commence entre la culture arabe et la culture persane. De 750 à 850, période des califes Abbassides, la science dite « arabo-musulmane » atteint son sommet. Les souverains payaient, parfois son poids en or, tout livre récemment traduit, et c’est ainsi que, dès le IXe siècle, une majeure partie des écrits de la Grèce était disponible en langue arabe. Le philosophe al-Farabi (mort en 950), le second maître (en référence au premier maître, Aristote), tient une place prépondérante dans cette dynamique.

En Occident latin, c’est le Moyen Âge, entre l’effondrement de l’Empire romain (476, invasion des Hérules) et la Renaissance (1453, la chute de Constantinople).

Biographie d’Avicenne:

Avicenne, de son nom complet Abu ‘Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina, est né au mois d’août 980 à Khormeytan (ou Afshéna, le « pays du soleil »), près de Boukhara, à l’est de la Perse (l’actuel Ouzbékistan). Il semble qu’il fut précoce dans son intérêt pour les sciences naturelles et la médecine, qu’à 14 ans, il étudie seul. Avicenne fut envoyé durant sa petite enfance étudier le calcul chez un marchand, al-Natili. Ayant une bonne mémoire, le jeune garçon finit par surpasser son maître en calcul et en mathématiques. Il retient de mémoire l’intégralité du Coran. Il étudia à Boukhara, s’intéressant à toutes les sciences, et surtout à la médecine. Il est influencé par un traité d’al-Farabi, qui lui permet de surmonter les difficultés qu’il rencontre dans l’étude de la Métaphysique d’Aristote. Cette précocité dans les études se double d’une précocité dans la carrière : à 16 ans déjà, il dirigeait des médecins célèbres.

Tout alors s’enchaîne : ayant guéri le prince samanide de Boukhara, Nuh ibn Mansûr, d’une grave maladie, il est autorisé à consulter la vaste bibliothèque du palais. Son appétit de connaissance aidant, il aurait possédé à 18 ans toutes les sciences connues. Après la mort du prince et celle de son père, qui le contraignent à gagner sa vie, commence sa vie itinérante. Il voyage d’abord dans le Khârezm, principauté qui fut indépendante (de 994 à 1231) au sud de la mer d’Aral, sur les deux rives du Djihoun (Amou-daria), entre Boukhara et la mer Caspienne. À Djouzdjan, un puissant protecteur, Abu Muhammed Chirâzi, lui permet de donner des cours publics. Il commence à composer son œuvre majeure, le Qanûn (ou Canon) de médecine.

Il passe ensuite par le Khorassan, actuel nord-est de l’Iran, puis Rayy (proche de l’actuel Téhéran), enfin à Hamadan (à l’ouest de l’Iran moderne) où l’émir bouyide Shams o-dowleh le choisit comme ministre (vizir). Il s’impose alors un programme de travail harassant: le jour, il se consacre à la chose publique, la nuit à la science. En plus de vivre deux carrières, il travaille doublement : il mène de front la composition du Shifa et celle du Canon médical ; la tâche est alors si écrasante qu’il doit se faire aider : deux disciples se partagent la relecture des feuillets des deux ouvrages, dont le fidèle Al-Juzjani, secrétaire et biographe En 1021, la mort du prince Shams o-dowleh, et le début du règne de son fils Sama o-dowleh, cristallisent les ambitions et les rancœurs : victime d’intrigues politiques, Avicenne connaît la prison. Déguisé en derviche, il réussit à s’évader, et s’enfuit à Ispahan, auprès de l’émir kakouyide `Ala o-dowleh. Ces bouleversements n’entament pas sa boulimie de travail.

Il jouissait d’une telle réputation que plusieurs princes de l’Asie l’appelèrent à leur cour : le roi de Perse l’employa à la fois comme vizir et comme médecin. Il cultiva aussi avec succès la philosophie, et fut l’un des premiers à étudier et à faire connaître Aristote. Il composa d’après ce philosophe des traités de logique et de métaphysique, où il se montre souvent penseur original.

Lors d’une expédition, dont il faisait partie, de l’émir `Ala o-dowleh contre Hamadan, Avicenne est frappé par une crise intestinale grave, dont il souffrait depuis longtemps, et contractée, dit-on, à la suite d’excès de travail et de plaisir. Avicenne tenta de se soigner de lui-même, mais son remède lui fut fatal. Il mourut à un âge, toujours précoce, de cinquante-sept ans au mois d’août 1037.

Influences:

Avicenne, fin lettré, fut le traducteur des œuvres d’Hippocrate et de Galien, et porta un soin particulier à l’étude d’Aristote. Il s’inscrit dans un mouvement général qui vit les philosophes de culture islamique découvrir la culture grecque auprès de l’Empire Byzantin, comme en partie l’Europe Occidentale où beaucoup de manuscrits grecs et romains étaient surtout connus par les copistes des monastères.

D’une ampleur variable selon les sources (276 titres pour G. C. Anawati, 242 pour Yahya Mahdavi), l’œuvre d’Avicenne est nombreuse et variée. Avicenne a écrit principalement dans la langue savante de son temps, l’arabe classique, mais parfois aussi dans la langue vernaculaire, le persan.

Son oeuvre:

Il est l’auteur de monuments, d’ouvrages plus modestes, mais aussi de textes courts. Son œuvre couvre toute l’étendue du savoir de son époque :

  • logique, linguistique, poésie;
  • physique, psychologie, médecine, chimie;
  • mathématiques, musique, astronomie;
  • morale et économie;
  • métaphysique;
  • mystique et commentaires de sourates du Coran.

Le dessein personnel du philosophe trouve son achèvement dans la philosophie orientale (hikmat mashriqiya), qui prit la forme de la compilation de vingt-huit mille questions. Cette œuvre disparut lors du sac d’Ispahan (1034), et il n’en subsiste que quelques fragments.

Pendant plusieurs siècles, jusqu’au XVIIe siècle, son Qanûn constitue le fondement de l’enseignement en Europe où il détrône Galien, aussi bien qu’en Asie.

On lui doit l’usage de la casse, de la rhubarbe, du tamarin, du myrobatan, etc.

La médecine d’Avicenne:

Le Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb (« livre des lois médicales »), composé de 5 livres, est l’œuvre médicale majeure d’Avicenne.

Son Canon rencontra un grand succès, qui éclipsa les travaux antérieurs de Rhazès (850 – 926), d’Haly-Abbas (930 – 994) et d’Abu Al-Qasim (936 – 1013) et même ceux d’Ibn-Al-Nafis (1210 – 1288) qui lui sont postérieurs. Les croisés du XIIe au XVIIe siècle ramenèrent en Europe Le Canon de la Médecine, qui influença la pratique et l’enseignement de la médecine occidentale.

L’ouvrage fut traduit en latin par Gérard de Crémone entre 1150 et 1187, et imprimé en hébreu à Milan en 1473, puis à Venise en 1527 et à Rome en 1593. Son influence dure jusqu’à sa contestation à la Renaissance : Léonard de Vinci en rejette l’anatomie et Paracelse le brûle. C’est le développement de la science européenne qui provoquera son obsolescence, par exemple la description de la circulation sanguine par William Harvey en 1628. Néanmoins cet ouvrage marqua longuement l’étude de la médecine, et même en 1909, un cours de la médecine d’Avicenne fut donné à Bruxelles.

Pour aller plus loin:

Biographie d’Avicenne sur Wikipédia

Revue de livre « Avicenne ou la route d’Ispahan »

Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb (« livre des lois médicales ») sur Wikipédia

Source :

Biographie d’Avicenne sur Wikipédia

« Avicenne ou la route d’Ispahan », Gilbert Sinoué


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s